Les bienfaits prêtés à la phycocyanine, le pigment bleu de la spiruline, ne sont pas démontrés chez l’humain : les études portent surtout sur des cellules et des animaux, et aucune allégation de santé n’est autorisée à ce jour dans l’Union européenne. La spiruline est déconseillée en cas de phénylcétonurie ou de terrain allergique.
Voici ce qu’est la phycocyanine, pour qui elle est déconseillée, ce que valent les bienfaits annoncés, ce que les étiquettes taisent, et les questions à se poser avant d’en prendre.
Ce qu’est la phycocyanine
La phycocyanine est une protéine pigmentaire qui donne sa couleur bleu-vert à la spiruline, Arthrospira platensis, une cyanobactérie cultivée et vendue en poudre ou en comprimés. Extraite et concentrée, elle se vend en flacons de liquide bleu intense.
Son usage le mieux établi n’est pas médical : l’extrait de spiruline sert de colorant alimentaire bleu. Être autorisé comme colorant ne dit rien d’un effet sur la santé.
Avant tout : pour qui elle est déconseillée
La phycocyanine est le plus souvent vendue sous forme de spiruline ou d’extrait de spiruline. L’Anses, l’agence française de sécurité sanitaire, a rendu en 2017 un avis sur ces compléments. Ces compléments sont déconseillés :
- aux personnes atteintes de phénylcétonurie ;
- aux personnes ayant un terrain allergique, au vu des effets indésirables rapportés.
Les effets indésirables signalés à la nutrivigilance sont des troubles digestifs, des réactions allergiques, et des atteintes musculaires et hépatiques. À faibles doses, jusqu’à quelques grammes par jour chez l’adulte, aucun risque sanitaire n’est relevé en dehors de la contamination du produit.
Prenez-vous un traitement au long cours, ou suivez-vous une maladie chronique ? Dans ce cas, la question se pose à votre médecin ou à votre pharmacien avant la première prise.
Une fatigue persistante, une douleur articulaire ou une baisse des défenses ont des causes qui se cherchent avec un médecin. Un complément ne remplace ni ce diagnostic ni un traitement prescrit.
Les bienfaits annoncés face aux études
Les pages qui vendent la phycocyanine lui attribuent une longue liste d’effets. Ce qu’établit réellement la littérature scientifique est beaucoup plus court :
| Bienfait annoncé | Ce que montrent les études | Ce qu’elles ne permettent pas de conclure |
|---|---|---|
| Antioxydant « puissant » | Une activité avancée par les fabricants, sans essai chez l’humain cité | Un bénéfice sur la santé d’une personne qui en prend |
| Action contre les cellules cancéreuses | Des effets sur des lignées de cellules tumorales et dans de rares études animales | Un effet chez l’humain : aucun essai clinique, aucun usage médical |
| Immunité, énergie, récupération | Aucune étude chez l’humain citée par les pages qui l’annoncent | Une allégation autorisée : aucune à ce jour dans l’Union européenne |
Une revue scientifique publiée en 2021 dans la revue Life l’illustre pour l’effet anticancer : les effets de la phycocyanine y sont décrits sur des cellules tumorales en culture et dans quelques études chez l’animal, et la molécule n’est pas utilisée en clinique. Un résultat en laboratoire est un point de départ, pas la preuve d’un bienfait pour vous.
Ce que les étiquettes ne disent pas
Une promesse comme « renforce l’immunité » ou « combat la fatigue » n’a pas été autorisée pour la spiruline ni pour la phycocyanine. Ces formules circulent pourtant sur les emballages et les sites de vente.
Trois limites sont rarement affichées. La spiruline peut être contaminée par des cyanotoxines, notamment des microcystines, par des bactéries ou par des métaux comme le plomb, le mercure ou l’arsenic.
Elle n’est pas une source fiable de vitamine B12, car elle en contient surtout une forme inactive. Enfin, 5 g de spiruline par jour apportent 7 à 8,5 mg de bêta-carotène, au-delà de la limite d’apport par complément estimée à 7 mg par jour.
La même prudence vaut pour la chlorelle, une autre microalgue vendue avec des promesses comparables.
Si vous envisagez d’en prendre
- Vérifiez d’abord que vous n’êtes pas concerné par une phénylcétonurie ou un terrain allergique.
- Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien si vous suivez un traitement ou une maladie chronique.
- Choisissez un produit au fabricant identifié et à la traçabilité affichée.
- Méfiez-vous de toute promesse d’effet sur l’immunité, la fatigue ou une maladie.
- Arrêtez et signalez tout effet indésirable : un professionnel de santé peut le déclarer à la nutrivigilance.
Sources
- Anses, « Compléments alimentaires à base de spiruline : privilégier les circuits d’approvisionnement les mieux contrôlés », 30 novembre 2017
- Braune S. et al., « Phycocyanin from Arthrospira platensis as Potential Anti-Cancer Drug: Review of In Vitro and In Vivo Studies », Life, 2021
Signaler une erreur dans cet article · Comment nous écrivons nos articles