Le monographe européen reconnaît un usage bien établi du millepertuis, les épisodes dépressifs légers à modérés, et quatre usages traditionnels fondés uniquement sur un long usage. Il contre-indique l’association avec plusieurs classes de médicaments et réduit la fiabilité de la contraception hormonale. Le syndrome prémenstruel, la ménopause, l’eczéma et le psoriasis n’y figurent pas.
Avant les bienfaits : les contre-indications
Prenez-vous un médicament sur ordonnance, une pilule ou un anticoagulant ? La question précède toute autre, parce que les préparations de millepertuis augmentent l’activité de plusieurs enzymes qui transforment les médicaments, dont CYP3A4, et d’une protéine de transport, la P-glycoprotéine. La concentration dans le sang des médicaments concernés peut alors baisser.
Le monographe de l’Agence européenne des médicaments contre-indique l’association avec les anticoagulants de type coumarine, la ciclosporine, l’évérolimus, le sirolimus, le tacrolimus par voie générale, les inhibiteurs de protéase, l’irinotécan, l’imatinib et d’autres médicaments contre le cancer. Il demande une attention particulière avec d’autres médicaments, parmi lesquels l’amitriptyline, le diazépam, la méthadone, la simvastatine et la digoxine.
La baisse de concentration des contraceptifs hormonaux peut augmenter les saignements entre les règles et réduire la sécurité de la contraception : le texte recommande des mesures contraceptives supplémentaires. L’association avec des antidépresseurs de type inhibiteur de la recapture de la sérotonine peut, très rarement, provoquer un syndrome sérotoninergique, avec fièvre, tremblements, agitation et transpiration.
Le monographe déconseille aussi le millepertuis avant 18 ans et pendant la grossesse et l’allaitement, dont la sécurité n’est pas établie. Il recommande d’éviter une exposition intense aux UV pendant l’utilisation, car les peaux claires peuvent réagir par des picotements et des coups de soleil accentués. Avant une chirurgie programmée, il demande d’identifier les interactions possibles avec les produits d’anesthésie et, si nécessaire, d’arrêter la préparation. Ce texte ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.
Le texte précise que l’activité enzymatique revient à la normale dans la semaine qui suit l’arrêt.
Ce qui est établi : les épisodes dépressifs légers à modérés
Le monographe, adopté en novembre 2022, classe comme usage bien établi le traitement des épisodes dépressifs légers à modérés, ainsi que le traitement à court terme des symptômes de troubles dépressifs légers, avec certaines préparations. Le texte les distingue des usages traditionnels, qui reposent exclusivement sur un long usage.
Selon VIDAL, plus de trente études contrôlées avec placebo, portant sur plus de 4 000 patients, ont confirmé cet effet, les extraits se montrant aussi efficaces que des antidépresseurs de synthèse dans les états dépressifs légers à modérés. Le traitement durait de 4 à 8 semaines. Le millepertuis paraît insuffisamment efficace pour les états dépressifs modérés à graves, et le mécanisme d’action reste méconnu.
Ces résultats concernent des épisodes temporaires, pas une dépression durable. Le monographe indique que l’effet peut être attendu dans les quatre semaines et qu’un médecin se consulte si les symptômes persistent.
| Niveau de preuve | Indication du monographe |
|---|---|
| Usage bien établi | Épisodes dépressifs légers à modérés |
| Usage bien établi | Traitement à court terme des symptômes de troubles dépressifs légers |
Ce qui relève de l’usage traditionnel
Quatre autres usages sont classés « traditionnels » : le texte précise qu’ils reposent exclusivement sur un long usage, et non sur des essais cliniques. Ils s’adressent à des troubles mineurs, avec une consultation prévue si les symptômes persistent plus de deux semaines, ou plus d’une semaine pour la peau et le tube digestif.
| Usage traditionnel | Formulation du monographe |
|---|---|
| Fatigue | Soulagement de l’épuisement mental temporaire |
| Peau | Traitement symptomatique des inflammations cutanées mineures, comme le coup de soleil, et aide à la cicatrisation de petites plaies |
| Digestion | Soulagement symptomatique d’un inconfort gastro-intestinal léger |
| Nervosité et sommeil | Traitement d’appoint de la nervosité accompagnée de difficultés d’endormissement |
Ce que les pages promettent au-delà
L’aperçu de Google range parmi les « bienfaits » le syndrome prémenstruel, la ménopause, l’eczéma, le psoriasis et les courbatures. Aucune de ces indications n’apparaît dans le monographe.
Certaines pages de plantes présentent le millepertuis comme un équivalent d’antidépresseur. Le monographe sépare l’usage bien établi, validé par des essais, des usages traditionnels, qui ne reposent que sur la tradition. Ce que l’étude établit pour un épisode dépressif léger à modéré ne s’étend pas aux autres usages.
Sources
- Agence européenne des médicaments, Comité des médicaments à base de plantes, « European Union herbal monograph on Hypericum perforatum L., herba », version finale, révision 1, adoptée le 23 novembre 2022 (EMA/HMPC/7695/2021)
- VIDAL, « Phytothérapie : millepertuis »
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