Ce qui est documenté sur la sauge porte sur la feuille : l’Agence européenne des médicaments a adopté une monographie pour Salvia officinalis L., folium, et aucune pour la fleur. Quatre usages y sont retenus, au seul titre de l’usage traditionnel : troubles digestifs légers, transpiration excessive, inflammations de la bouche ou de la gorge, petites inflammations de la peau. Chacun vient avec sa dose et son délai avant de consulter.
Qui cherche les bienfaits de la fleur de sauge trouve surtout ceux de sa feuille : la fleur se mange et parfume, mais c’est la feuille, et elle seule, qui fait l’objet d’une monographie européenne.
La fleur, la feuille, et ce qui est documenté
La sauge officinale est une vivace semi-arbustive à feuilles gris-vert, qui fleurit en épis mauves. Le genre compte environ neuf cents espèces, ce qui explique une bonne part des confusions.
Le comité des médicaments à base de plantes de l’Agence européenne des médicaments a publié une monographie sur « Salvia officinalis L., folium », c’est-à-dire la feuille de sauge officinale. Une autre existe pour l’huile essentielle, qui obéit à des règles différentes.
Pour la fleur, rien. Aucune monographie, donc aucune indication reconnue, ce qui ne l’empêche ni d’être comestible ni d’être agréable dans un plat.
La suite de cet article porte donc sur la feuille, et le dit à chaque fois que la distinction compte.
Les quatre usages reconnus, et rien d’autre
La monographie retient quatre indications, toutes au titre de l’usage traditionnel, c’est-à-dire fondées sur l’ancienneté de l’emploi et non sur des essais cliniques.
La première vise le soulagement des troubles digestifs légers, tels que les brûlures d’estomac et les ballonnements. La deuxième, la transpiration excessive. La troisième, les inflammations de la bouche ou de la gorge. La quatrième, les petites inflammations de la peau.
Le texte précise que le produit relève d’un usage « exclusivement fondé sur un emploi de longue date ». C’est la même mécanique que pour la seule indication reconnue au thym : une reconnaissance officielle, mais d’un autre ordre qu’une preuve d’efficacité.
Deux des quatre usages ne se boivent pas : la gorge se traite en gargarisme, la peau en application locale.
Les doses, usage par usage
Les quantités ci-dessous sont celles de la monographie, pour les adultes et les personnes âgées, avec de la feuille coupée.
| Usage | Préparation | Dose et fréquence | Quand consulter |
|---|---|---|---|
| Troubles digestifs légers | Infusion à boire | 1 à 2 g dans 150 ml d’eau bouillante, 3 fois par jour | Si les symptômes durent plus de 2 semaines |
| Transpiration excessive | Infusion à boire | 2 g dans 150 ml d’eau bouillante | Si rien ne s’améliore en 6 semaines |
| Inflammations de la bouche ou de la gorge | Infusion en gargarisme, utilisée tiède | 2,5 g dans 100 ml d’eau bouillante, 3 fois par jour | Si les symptômes durent plus d’une semaine |
| Petites inflammations de la peau | Infusion en application locale | 2,5 g dans 100 ml d’eau, 2 à 4 fois par jour | Si les symptômes durent plus de 2 semaines |
Ces durées sont la partie la plus utile du texte, et celle que les pages qui vendent citent le moins. Une gorge qui reste douloureuse au-delà d’une semaine relève d’un avis médical, pas d’un gargarisme supplémentaire.
Qui doit s’en passer
La monographie est explicite sur les populations chez lesquelles l’usage n’a pas été établi, faute de données suffisantes.
L’usage chez l’enfant et l’adolescent de moins de 18 ans n’est pas établi, par manque de données. La sécurité pendant la grossesse et l’allaitement n’est pas établie non plus. La seule contre-indication citée est l’hypersensibilité à la substance active. Et si les symptômes s’aggravent en cours d’utilisation, un médecin ou un professionnel de santé qualifié doit être consulté.
Aucune interaction avec d’autres médicaments n’est rapportée dans le texte, ce qui ne dispense pas d’en parler à son pharmacien quand un traitement est en cours.
Ce que la sauge ne fait pas, malgré ce qu’on lit
Les pages les mieux classées attribuent à la sauge un éventail beaucoup plus large que celui de la monographie. Trois promesses reviennent, et aucune n’y figure.
- la mémoire et la concentration ;
- le diabète et la glycémie ;
- la toux, et plus largement les voies respiratoires.
La ménopause, souvent mise en avant, n’apparaît pas non plus comme indication : seule la transpiration excessive est retenue, quelle qu’en soit la cause. La nuance a son importance, et elle ressemble à celle relevée pour ce que l’usage traditionnel reconnaît à la verveine.
La lecture utile d’une page qui vend tient en une question : cette promesse figure-t-elle dans le texte de référence, ou seulement dans la page ?
Récolter et sécher ses feuilles
La sauge officinale pousse au plein soleil, en sol drainé, et demande peu de soins une fois installée. Un rabattage en fin d’hiver l’empêche de s’épuiser et de se dégarnir.
Les feuilles se récoltent tôt le matin, selon les besoins, et s’utilisent fraîches de préférence. Pour les conserver, elles se font sécher à plat dans une pièce aérée, à l’abri du soleil direct, puis se gardent à l’abri de la lumière.
Le bouturage, au printemps, permet de renouveler un pied vieillissant : une extrémité de tige, les feuilles du bas retirées, plantée dans un mélange léger et gardée à l’abri du vent.
Et la fleur, alors
La fleur de sauge officinale est comestible. Elle se pose sur une salade, une soupe froide ou un fromage frais, et sa saveur reprend celle de la feuille en plus douce.
Elle peut aussi rejoindre une infusion, pour le goût et la couleur. Ce qu’on n’en attendra pas, c’est un effet : aucune indication ne lui est reconnue, et rien ne permet de lui prêter celles de la feuille.
Ce qu’il faut retenir avant d’en boire
Utilisez la feuille, pesez-la plutôt que de la doser à la pincée, tenez-vous aux quatre usages reconnus, et respectez les délais : une semaine pour la gorge, deux semaines pour la digestion et la peau, six semaines pour la transpiration. En dessous de 18 ans, pendant la grossesse ou l’allaitement, demandez un avis.
Sources
- Agence européenne des médicaments, comité des médicaments à base de plantes, monographie européenne sur Salvia officinalis L., folium, référence EMA/HMPC/277152/2015, adoptée le 20 septembre 2016