En France, le kudzu en complément est limité à 1 mg d’isoflavones par kilo de poids corporel et par jour, avec un avertissement pour les antécédents de cancer du sein. Dans un essai de 2012 sur 21 hommes buveurs importants, 750 mg d’isoflavones par jour pendant quatre semaines ont réduit les verres bus, sans effet sur l’envie de boire. Pour le tabac, aucun essai n’a été retrouvé.
Le kudzu, c’est la racine d’une liane asiatique, Pueraria montana var. lobata, vendue en gélules pour « arrêter » l’alcool ou le tabac. Voici d’abord ce qu’impose le texte français, puis les essais.
Avant l’effet : ce que le texte français impose
L’arrêté du 24 juin 2014, qui liste les plantes autorisées dans les compléments alimentaires, contient une ligne pour le kudzu : racine, feuille et fleur, avec les isoflavones pour substance à surveiller. Deux conditions y sont fixées.
La portion journalière recommandée ne doit pas conduire à une ingestion d’isoflavones supérieure à 1 mg par kilo de poids corporel, exprimée comme aglycone du composant principal. L’étiquetage doit comporter un avertissement déconseillant l’usage aux femmes ayant des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein.
Le texte déconseille le kudzu aux femmes ayant un antécédent personnel ou familial de cancer du sein. Un centre de cancérologie américain le range aussi parmi les produits à éviter en cas de cancer hormono-sensible : les isoflavones sont des phytoœstrogènes, des molécules végétales proches des œstrogènes.
Alcool : ce que les deux essais ont mesuré
Deux petits essais américains portent sur l’alcool, menés par la même équipe, dont des auteurs sont liés au fabricant du produit testé. L’un a testé un extrait de racine, l’autre une seule isoflavone purifiée, la puérarine.
| Essai | Participants | Produit et dose par jour | Durée | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| Extrait de racine, 2012, contre placebo | 21 hommes randomisés, 17 analysés, 21 à 33 ans, sans demande de soins | 750 mg d’isoflavones (250 mg trois fois par jour) | 4 semaines | Verres par semaine en baisse de 34 à 57 % (placebo : 5,8 à 36 %) ; jours d’abstinence +16 % par rapport au placebo |
| Puérarine seule, 2012, croisé contre placebo | 10 adultes, 25,8 ans en moyenne, environ 17,6 verres par semaine, sans dépendance | 1 200 mg de puérarine | 1 semaine avant une séance de 1,5 heure | 3,5 bières sous placebo, 2,4 sous puérarine |
Dans les deux cas, l’envie de boire n’a pas bougé : « There was no effect on alcohol craving », écrivent les auteurs du premier essai, et le questionnaire d’envie du second donne 28,1 sous placebo et 29,3 sous puérarine. Les participants ont bu moins, pas moins envie de boire.
Ce que ces essais ne permettent pas de conclure : qu’une personne qui cherche à arrêter de boire y parviendra, puisque les participants du premier essai ne cherchaient pas à se soigner et ceux du second n’étaient pas dépendants ; que l’effet dure au-delà de quatre semaines ; qu’il vaille pour des femmes, le premier essai ne comptant que des hommes et le second deux femmes sur dix.
Les auteurs relèvent eux-mêmes le petit effectif, la courte durée et des jeunes hommes buveurs de bière. Une page du centre de cancérologie, datée de 2022, résume : de petites études suggèrent une baisse de la consommation, une revue systématique n’a pas trouvé de bénéfice clair.
La dose des essais et le plafond
Le plafond français se calcule à partir du poids. Pour un adulte de 70 kg, il est de 70 mg d’isoflavones par jour. L’essai de 2012 en a donné 750 mg, soit environ onze fois plus ; l’essai sur la puérarine, 1 200 mg, soit environ dix-sept fois.
Une fiche de pharmacie en ligne indique 25 mg d’isoflavones par gélule et jusqu’à deux gélules par jour : 50 mg, c’est le plafond d’une personne de 50 kg.
Ce calcul est un ordre de grandeur de la rédaction : l’arrêté exprime le plafond en aglycone du composant principal, quand les essais comptent les isoflavones de l’extrait. Il montre que les doses des essais ne se retrouvent pas dans un complément vendu dans le cadre de l’arrêté. Les essais ne disent pas si une dose de l’ordre du plafond produirait quoi que ce soit.
Tabac et ménopause : ce que les sources ne montrent pas
Pour le tabac, les recherches menées pour cet article n’ont retrouvé aucun essai contrôlé chez l’humain sur le kudzu et l’arrêt de la cigarette. Des pages commerciales avancent un effet sur les envies sans citer d’essai, et l’argument semble venir d’une analogie avec l’alcool. La vidéo ci-dessous, d’une chaîne de micronutrition, parvient à la même conclusion et insiste sur la différence entre la quantité bue et l’envie.
Pour la ménopause, le même centre de cancérologie décrit des études cliniques petites et préliminaires, et une revue systématique qui n’a pas trouvé de bénéfice. Il note aussi, dans une petite étude chez des femmes ménopausées, des modifications transitoires des tests sanguins et hépatiques.
Foie, reins et interactions
Sur le foie, les données ne se départagent pas. Chez la souris, un extrait de racine à 10 mg par jour pendant quatre semaines a fait monter les transaminases, des enzymes du foie, avec des lésions visibles au microscope, et les auteurs concluent à une possible toxicité du foie. Chez l’humain, l’essai de 2012 ne signale aucun changement de la fonction hépatique ni rénale en quatre semaines.
Le centre de cancérologie rapporte deux cas isolés : une atteinte du foie chez un homme de 55 ans qui avait pris du kudzu et du gui, sans savoir lequel des deux était en cause, et une inflammation du rein après dix jours de jus de racine, résolue à l’arrêt.
Le même centre liste des interactions, toutes de pertinence clinique indéterminée :
- avec le tamoxifène, le kudzu pourrait contrarier son action, à cause de son effet œstrogénique ;
- avec le méthotrexate, l’élimination du médicament baisse chez l’animal ;
- avec les antidiabétiques, leur effet est renforcé chez l’animal ;
- avec les médicaments transformés par les enzymes CYP2D6 et CYP1A2, la puérarine agit sur ces enzymes en laboratoire.
Prenez-vous du tamoxifène, du méthotrexate ou un antidiabétique ? Si oui, la question se pose au médecin ou au pharmacien avant toute prise. Le centre déconseille aussi le kudzu en cas d’hypersensibilité à la plante.
Quand en parler à un médecin
Une consommation d’alcool ou de tabac qui inquiète se discute avec un médecin, qui dispose de moyens d’accompagnement dont le kudzu ne fait pas partie.
Cet article décrit des essais et un texte réglementaire ; il ne recommande aucune dose et ne remplace pas un avis médical. Antécédent de cancer du sein, maladie du foie, traitement en cours : demandez avis avant toute prise. Pour la grossesse et l’allaitement, aucun repère n’a été retrouvé, ce qui appelle la même prudence. Un malaise après une prise se signale à un médecin.
Sources
- Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes, autres que les champignons, autorisées dans les compléments alimentaires et les conditions de leur emploi, annexe I (Légifrance, Journal officiel du 17 juillet 2014)
- Lukas S. E. et coll., « A Standardized Kudzu Extract (NPI-031) Reduces Alcohol Consumption in Non Treatment-Seeking Male Heavy Drinkers », Psychopharmacology, 2012
- Penetar D. M. et coll., « The Isoflavone Puerarin Reduces Alcohol Intake in Heavy Drinkers: A Pilot Study », Drug and Alcohol Dependence, 2012
- Memorial Sloan Kettering Cancer Center, page « Kudzu », mise à jour du 4 février 2022
- Wang D. et coll., « Evaluation of kudzu root extract-induced hepatotoxicity », Journal of Ethnopharmacology, 2015
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